*Interview 10* Déborah de ADC Studio

interview par Minabulle de Déborah d'ADC studio

  • Parle-nous de toi en quelques mots: qui es-tu? Combien as-tu d’enfants? Quelle est ton activité?

Je m’appelle Deborah, je vais avoir 29 ans, je vis avec Axel depuis bientôt 10 ans et nous avons une petite fille Gaby-Lou qui aura 2 ans fin Mai ! (En écrivant ça je suis prise de vertige… le temps passe tellement vite !). J’habite à Paris où j’ai créé mon studio de création avec mon amoureux, le Studio ADC. Nous créons du contenu pour nos clients : des photos, des sets designs, des stopmotion, DIY et faisons du mobilier et de l’agencement pour des boutiques et de l’événementiel. Nous avons pas mal de cordes à notre arc !

À côté de ça j’ai un blog qui s’appelle Atelier de curiosité que j’ai lancé en 2011. Il a eu de nombreuses vies mais désormais il est très axé lifestyle et kids. J’ai toujours eu besoin d’un espace où échanger.

  • Quelle est la première chose que tu fais en te levant le matin?

Désormais c’est Gaby-Lou qui fait office de radio réveil, alors je lui prépare son biberon, je lui fais un bisou (si elle tolère, j’ai le droit à un câlin) et je vais préparer mon petit café, absolument nécessaire pour commencer ma journée.

interview par Minabulle de Déborah d'ADC studio

  • Travailles-tu de chez toi ou dans un bureau, atelier ou coworking ?

Je travaille chez moi et dans un atelier. J’ai compris que j’avais besoin de ces temps seule à la maison où je peux organiser mon temps exactement comme je le souhaite et d’autres moments au bureau. Nous avons un atelier partagé avec Émilie et Virginie les filles du Klin d’Oeil, c’est un espace attenant à leur boutique, pensé par Heju studio et meublé par nous le Studio ADC. C’est un peu notre bébé. Là-bas il y a tout notre matériel pour nos différents projets. À la maison j’écris les articles blogs, je fais des photos plus lifestyle, je réponds aux mails, je fais les devis. Nous travaillons en couple, et même si cela ne nous pose aucun problème, c’est vrai que ça fait du bien d’avoir quelques heures dans la journée juste pour moi, avec moi.

  • As-tu une journée type ? Si non, comment organises-tu ton travail ?

Pas vraiment… ça dépend réellement des projets que nous avons. D’une certaine manière nous sommes assez libres d’organiser notre temps comme nous le souhaitons au niveau du travail. C’est ça qui est complexe en tant qu’entrepreneure. Parfois tu peux avoir l’impression de te la couler douce pendant 2 ou 3 jours, mais quand on se lance, en une journée on dépote tellement qu’en réalité on a fait ce que d’autres feraient en plusieurs jours. Et puis on bosse tout le temps, on ne s’arrête jamais… les mails à la maison, on pense aux projets, on en discute le soir, etc, etc…

Cependant le fait d’avoir un enfant nous met nécessairement dans une organisation “type” de la semaine.

Du lundi au jeudi, Axel amène Gaby-Lou à la crèche à 9h. Il file au bureau. Nous faisons notre journée de travail à fond (peu de pauses, on condense) pour être dispo l’un ou l’autre et même parfois les deux pour récupérer notre poupette à 17h et passer du temps avec elle. On essaye au maximum de profiter d’elle avant qu’elle ne rentre à l’école et que l’on n’ait que les soirs, week-ends et vacances pour être ensemble. Quand on peut on la prend avec nous le vendredi aussi. J’avoue que c’est assez épuisant d’être aussi disponible pour elle, mais on se dit que c’est aussi génial de se l’autoriser…

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  • Qu’a changé le fait de devenir mère-entrepreneuse dans ton quotidien, comment équilibres-tu vie de famille, vie amoureuse et vie professionnelle ? Est-ce que l’envie d’entreprendre t’es venue en même temps que la maternité, ou avant/après?

Ça a tout changé… je ne m’y attendais pas nécessairement, ça prends du temps pour trouver un équilibre mais heureusement ça se fait progressivement. Déjà rien que pendant ma grossesse j’ai eu du mal à garder un intérêt pour le travail, mon cerveau était complètement ailleurs, ce n’était pas simple à gérer. Pourtant j’ai beaucoup travaillé enceinte et je ne me suis arrêtée que 3 semaines avant l’accouchement histoire de souffler réellement et de profiter à deux. Une fois que j’ai eu mon bébé j’ai compris que cet état que je pensais passager allait durer… j’ai vraiment eu des difficultés à me remettre au travail. Pourtant le lendemain de mon accouchement, j’écrivais des mails pour finaliser un projet et un devis. C’était un peu étrange… j’étais là sans être là, et comme je n’avais pas de congé mat’, il fallait faire tourner la société et trouver des contrats. Pas le choix.

À l’heure actuelle je ne sais pas si on a déjà trouvé un équilibre, on y travaille dur.

On s’autorise des moments pour soi (j’ai commencé à faire de la céramique), on va voir des amis ensemble ou séparément, on laisse Gaby-Lou chez ma mère quelques jours de temps en temps, on essaye de se dégager du temps. Là on a booké des voyages et week-ends parce qu’on en a vraiment besoin. En fait c’est très étrange car la routine liée à l’organisation d’un enfant est à l’opposé de notre vie professionnelle où les projets arrivent toujours la veille pour le lendemain et où on a besoin d’être très disponibles à certains moments. Du coup c’est quasi impossible de prévoir quoi que ce soit et d’avoir de la visibilité sur les semaines, voir les mois suivants. Là on s’oblige à prendre rendez-vous avec nous-mêmes afin de se sentir bien. C’est nécessaire, mais on l’a compris un peu tard, on s’est oubliés depuis quasiment deux ans.

Et j’ai commencé à entreprendre avant d’avoir ma fille, mais je me rends compte que maintenant que je suis maman mes centres d’intérêts ont changé et ça me donne envie de me tourner vers l’univers des kids. On a des projets en tête, on verra bien !

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  • T’arrive-t’il de douter? De toi-même, de ton travail… Qu’est-ce qui te remotive ?

Je doute absolument tout le temps et c’est fatigant. Là je suis dans une grosse période de doute mais un doute positif. Je me pose mille questions, je sens que ça bouge, que je cherche et qu’il y a une situation (voir plusieurs) que je n’arrive pas à décoincer. Mais je sais que la finalité sera positive car je ne me laisse pas abattre. C’est simplement une période compliquée et un peu douloureuse. Généralement ce qui me remotive c’est l’arrivée du printemps avec la lumière qui revient. C’est fou comme ça change la donne.

Et puis rien de tel qu’un bon gros projet qui apporte du challenge pour se remotiver. Malgré la peur de mal faire et d’échouer, ça te met dans une dynamique intellectuelle et physique qui t’empêche de ressasser ce qui ne va pas et qui après coup fait avancer les choses.

  • À ton avis, quelles qualités sont nécessaires, pour se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Je pense qu’il faut être un couteau suisse et savoir endosser plusieurs rôles. Il y a toujours des couacs et il faut réagir super rapidement. Souvent on n’a pas les connaissances ou les capacités mais on fait quand même, on s’improvise et quand on ose souvent ça fonctionne. Il faut y aller au culot, et puis on verra, être un peu inconscient aussi… Et puis il faut être solide, parce qu’il y a des coups durs et c’est nécessaire de ne pas se laisser terrasser.

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  • Quelle est la remarque la plus clichée qu’on t’ai faite sur le fait d’être maman et à la tête d’une entreprise ? Est-ce facile aujourd’hui pour une femme, une mère d’entreprendre? À ton avis, y a-t-il encore une image négative des mamans qui font le choix d’entreprendre ?

J’ai de la chance d’avoir un entourage plutôt ouvert, mais ce qui m’a déjà blessé ce sont les réflexions du type “tu as de la chance toi de pouvoir la mettre à la crèche aussi peu de temps”. Alors oui j’ai une chance inouïe, bien sûr, mais j’en paye aussi le prix, le prix de ne pas avoir de confort financier, je ne pars pas en vacances, quasiment jamais, on est en insécurité permanente et la peur, les doutes, c’est comme la mauvaise herbe ça envahit le cerveau, on n’est pas serein quoi…

C’est dur de tout cumuler, oui. C’est un équilibre et honnêtement je suis en cheminement mais ce n’est pas encore ça. Je crois qu’on se met aussi beaucoup de pression en tant que femme pour cumuler toutes ces casquettes et être parfaite à chaque fois. C’est IMPOSSIBLE. Et c’est la société qui veut ça et c’est très agaçant. On fait ce qu’on peut et c’est déjà super. Bien sûr qu’il y a une image négative sur les mamans qui font le choix d’entreprendre, car souvent c’est associé à quelqu’un qui privilégie son travail plutôt que sa famille. Et ça c’est très mal vu… on doit être une bonne mère de famille aimante et disponible, mais si on ne fait que s’occuper de ses enfants on est vraiment bonne à rien, travailler c’est super par contre faudrait pas que ça empiète sur notre temps à consacrer à nos enfants/mec/amis/famille, en plus il faut être femme, mais ne pas oublier d’être mère, ou une mère qui n’oublie pas d’être femme sinon tu comprends tu ne fais pas d’effort pour garder ton compagnon… et puis n’oublies pas le sport, de manger sain, de te cultiver, etc, etc… STOP LAISSEZ NOUS VIVRE !

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  • Es-tu sensible à la mode, pour toi, pour ton/tes enfant/s ? Comment consommes-tu en matière de mode ?

Oui, beaucoup. J’aime les vêtements, les belles matières, je suis sensible aux détails, au tombé d’une coupe, d’un pli bien placé. Depuis toute petite j’adore la mode, je voulais être styliste, mais j’ai fais mes études aux Beaux-Arts pour ensuite faire une formation dans l’industrie du textile. J’ai appris le développement, la production, la réalisation… c’était une formation hyper complète et j’ai beaucoup appris. J’ai développé mon regard et mes connaissances, et maintenant mon oeil est acéré. Je vois tous les détails de confection, les reprises de coutures, les triches dans les surpiqures, etc, etc…

Pour m’habiller c’est compliqué car comme je ne suis pas à l’aise avec mon physique j’ai perdu le plaisir de la mode. Ça revient petit à petit mais je m’amuse moins qu’avant. Du coup je privilégie les grosses pièces comme des chaussures colorées et fun, un beau manteau, un sac à main dément…

J’ai toujours privilégié les petites marques éthiques, écologiques, respectueuses de l’environnement et de toute façon je suis une adepte du moins mais mieux.

Donc ça me coûte cher à l’achat mais la durabilité et la qualité sont au rendez-vous. Dernièrement je regarde beaucoup du côté des marques pour enfants qui ont une gamme femme avec le même style, car je trouve que la mode enfant est plus fun, plus qualitative et libérée, c’est rafraîchissant !

Pour Gaby-Lou au départ j’ai été prise dans un tourbillon de tentation… je voulais TOUT, tout me semblait indispensable, je plongeais la tête la première dans un univers ultra-désirable et je ne savais pas trop ce dont j’avais besoin ou pas. Donc ça a été la folie furieuse. Je n’en suis pas vraiment fière car il y a des pièces que j’ai mise une fois seulement… bon depuis j’ai revendu beaucoup en vide dressing ou sur Vinted. Maintenant j’essaye d’être moins impulsive. Je privilégie le seconde main mais je me fais plaisir sur quelques pièces neuves chez des marques créateurs qui ont une belle éthique (coucou Minabulle <3). Je ne suis pas encore rodée mais je vais trouver mon rythme de croisière… ce n’est pas facile de savoir exactement ce dont son enfant à besoin…

interview par Minabulle de Déborah d'ADC studio

  • Qu’est-ce qui t’inspire pour ton travail?

Absolument tout, l’inspiration est vraiment partout. C’est classique comme réponse mais c’est vrai. Je suis hyper visuelle comme personne donc il y a des choses qui accrochent mon regard et qui s’impriment dans ma tête. Ensuite ça ressortira en fonction des projets et des envies. C’est pareil pour les couleurs, je photographie mentalement des nuances, des teintes, des associations de couleurs que je vois au hasard et ensuite ça me revient et j’utilise cette banque de donné. Instagram est vraiment ma source d’inspiration quotidienne… il y a tellement de comptes dingues à découvrir, très inspirants et passionnants !

  • Et enfin, donne nous ton dernier coup de coeur provoqué par une femme: une artiste, une écrivaine, une réalisatrice… La dernière femme qui t’a inspiré?

Je ne sais pas si ça va répondre à la question, mais en ce moment ce qui m’inspire ce sont des comptes instagram, sites, journaux, podcast, etc… créés par des femmes pour des femmes et des hommes, qui libèrent la parole, qui parlent de sujets trop souvent tabous, qui disent qu’on est belle et forte comme on est, qui répandent une parole bienveillante et décomplexées sur des sujets féminins comme la maternité, la sexualité, la confiance, nos droits en tant que femme. Bref c’est très “girl power” mais je suis vraiment heureuse de voir que ça existe, que ça se démocratise, que ça permet à des plus ou moins jeunes femmes d’avoir accès à des infos, des sujets dont parfois on ne parle pas et qui vont être utiles dans leur vie de femme. Je pense à Bliss, le podcast sur la maternité que J’ADORE, Tasjoui, Les glorieuses, The simones, etc, etc…

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Merci Déborah de nous avoir partagé ton quotidien, on adore ton univers ! Vous avez aimé cette rencontre ? N’hésitez pas à nous le dire et à poser vos questions en commentaire ! A bientôt pour une nouvelle rencontre ! Bisous.

Pour suivre le travail de Déborah :

Blog . Instagram . Insta Studio ADC

Article écrit par L'équipe Minabulle

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